Dakar mon amour, je suis pédé si tu es un homme

Lorsqu’il m’était venu le temps de prendre l’avion, j’ai répondu à ceux qui me demandent raison de mon voyage, que je sais bien ce que je fuis, mais non pas ce que je cherche… et que c’est bien de se laisser surprendre par les jours qui viennent.

Un voyage s’inscrit simultanément dans l’espace, dans le temps, et dans la hiérarchie sociale, disait Claude Lévi-Strauss. C’est aussi un exercice profitable qui consiste, à mon sens, à découvrir des choses nouvelles et inconnues. Cela permet de connaître d’autres peuples, d’autres cultures et d’autres vies. Toutefois, je n’ai pas autant pensé, autant existé, autant vécu, non plus autant été moi-même, si j’ose ainsi dire, car je n’ai pas fait ce voyage seul ni à pied.

Comme j’ai voyagé en avion, j’ai eu raison d’imaginer des avatars… c’est le pessimisme de ceux qui voyagent, comme moi, en avion pour la première fois. Et, Charles Baudelaire me chuchotait ses vers à l’oreille :

Amer savoir, celui qu’on tire du voyage !

Le monde, monotone et petit, aujourd’hui,

Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image :

Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui !

 

Mais, étudiant l’homme par rapport au temps, j’admets volontiers que voyager peut calmer ses peines et que c’est l’antidote du souci.

Sénégal,

Je suis de cette terre, ce pays dont la misère n’altère pas la beauté. Je suis d’Haïti, ce pan exilé de l’Afrique. Je suis de l’Afrique. Je viens de loin pour arriver jusqu’ici. J’ai survolé l’Amérique et l’Europe… Mais inquiet comme le flamant rose survolé par le busard. Je m’imaginais tellement des avatars… je n’ai pourtant pas eu peur. Les malaises créés par les turbulences se coulaient bien dans le stéréotype des petits repas simples et cordiaux servis avec bonhomie…

Sénégal, j’étais très heureux de te connaître. À peine arrivé sur ton sol, j’ai tressailli comme d’un frisson patriotique. Jai perdu mon sang-froid. J’ai senti céder le fil de mon cœur. Mon cœur est allé se cacher entre mes orteils…

Dakar est si belle ville… Dakar est si belle fille. Je me demande quelle contrée, quelle région ne serait agitée du désir de vivre son charme. Sa beauté qui fait craquer les insensibles. J’aimerais y vivre toute ma vie, j’aimerais vivre à l’étendue paradisiaque dont elle est une région.

J’ai laissé ma terre. Je suis parti vers mes origines. Je voulais prendre racine dans une nouvelle aventure de maturation… Je me ressourçais donc en ton sein, comme un moine dans la solitude d’un monastère.  Et, j’aimerais le faire chaque jour.

En dix petits jours, en dix petits siècles, en un cercle de jours, tu me gâtes déjà. Tu me deviens vite indispensable.  Tu me gâtes avec les cris de tes chèvres, tes moustiques qui ne piquent pas fort, tes mers propres et légères, tes plats raffinés et tes cocktails rafraîchissants… le chant de tes oiseaux que j’écoutais avec émerveillement. Ton île de Gorée pour laquelle Haïti m’est devenue ex-île. Et aussi, le musée de Léopold Sédar Senghor dont l’intérieur a quelque chose d’alchimique et de magique, le pittoresque du monument de la renaissance africaine où mes pieds m’ont porté sans se lasser. Et, comme dit le message d’Abdoulaye Wade, je pense et je penserai toujours à tous les sacrifices qui ont arraché l’Afrique à l’obscurité pluriséculaire, pour la propulser dans la lumière de la liberté.

monument de la renaissance africaine

Crois-moi, si la pureté est la sublime maîtresse des valeurs paradisiaques, passer un séjour à Dakar, c’est me faire purifier par la respiration paradisiaque de l’univers… Dakar est si belle ville, Dakar est si belle fille.

Et si Dakar est un homme ? Sincèrement, je te l’avoue, je serai pédé…

Éliphen Jean

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