La vie en Haïti, un défi…

Article : La vie en Haïti, un défi…
2 juillet 2015

La vie en Haïti, un défi…

lematinhaiti.com
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Les crises haïtiennes font encore le plein d’audience à la radio comme à la télé, et font encore couler beaucoup d’encre. Elles s’empirent au fil des jours. Et, quand à défaut de solutions les contingences de la vie quotidienne deviennent crises, les inquiétudes dues au marasme socioéconomique sont davantage irrémédiables et cruelles… Dès lors, les rêves de la jeunesse populaire restent, pour la plupart, au stade du mirage. Ils renvoient, pour reprendre Jean-Paul Sartre, aux raisons du cœur, aux vertus, aux vices, cette grande peine que les hommes ont à vivre.

Généralement, une célèbre phrase caractérise le discours quotidien de l’Etre Ayisyen (Haïtien). « Lavi a di » (La vie est dure). Et, il semble bien évident que la vie est, ici, injuste et cruelle. Ce qui entraîne – je le souligne dans plusieurs articles – une fuite constante de valeurs. Une fuite pourtant pas inexorable comme celle des heures, puisqu’en étant conscient, on peut miser sur la jeunesse montante comme on doit toujours miser sur les hommes et les femmes, autrement dit sur le capital humain. Cette fuite de valeurs n’est pas une fatalité à laquelle on ne peut se soustraire. Mais un défi. Même s’il n’y a pas que ce défi. En effet, pourvu que l’Etre Ayisyen veuille sortir de ces ornières qui sillonnent sa voie, il peut défier la fatalité. Car, comme disait Romain Rolland, cet écrivain français du 20e siècle, la fatalité, c’est l’excuse des âmes sans volonté. Et, si l’avenir est menaçant, il doit le défier pour ne pas se réduire à le redouter chaque jour.

Par ailleurs, comme un œil en pleurs aux prunelles malhabiles, s’ouvre le cul d’Haïti au regard insensible et méprisant de l’Etranger. Haïti est mal vue. Et, quiconque se croit être bien vu comme Haïtien, se trompe sur toute la ligne, tant qu’il ne se voit pas bien lui-même en premier lieu. Je veux souligner, ici, le cas d’une crise de confiance généralisée et de fierté-nègre, le cas d’un déficit moral profond qui se creuse considérablement. On se croit inférieur à l’Etranger, on ne croit pas qu’on peut comme lui… on se méfie de soi et des autres. En effet, on ignore qu’Haïti peut positivement bouger dans la mesure où l’on croit qu’on peut comme l’Autre, et qu’on se décide d’agir. Mais… c’est cela, un autre défi, le défi d’être Haïtien.

L’Etre Ayisyen (Haïtien), douloureusement affecté par son état et conscient, lassé de tout, même de l’espérance, s’aveulit gravement devant le défi d’une vie dont l’instauration ne date pas d’hier. Aujourd’hui plus que jamais, Haïti est en urgence d’une transformation sociale et sociétale, en raison de la menace qui pèse lourd sur la masse populaire, classe des plus faibles. En raison, surtout, de ces calamités séculaires et indomptables qui fondent sur Haïti. Cette transformation, au-delà d’une politique d’amélioration des conditions actuelles d’existence, nécessite une politique de structuration du système éducatif haïtien, où une éducation adaptée à la réalité haïtienne doit prévaloir contre cette forme importée qui dépossède systématiquement l’Etre Ayisyen de sa culture. Je pose là un problème aussi ethnique que social. Améliorer ces conditions, c’est les proportionner aux standards sociaux (référentiel de normes, de valeurs…) C’est, en d’autres termes, tenter de corriger ce sérieux décalage entre les normes et les conditions factuelles de la vie sociale haïtienne.

Outre que cet article consiste en une configuration multifactorielle des crises dites haïtiennes, en accéléré, sur fond d’incidences comme la fuite et la bizarre mutation des valeurs, il invite à poser le regard sur la réalité sociale où les problèmes sociaux ont le visage de plus en plus hideux. Il invite à l’observation des hideurs sociales, en vue d’une meilleure compréhension du défi de la vie en Haïti, et de celui de l’Etre Ayisyen.

Eliphen JEAN

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Commentaires

Reeky
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Bravo mon ami