22 juillet 2015

Haïti en flammes

Le panorama social et sociologique haïtien se déroule, sinistre, comme l’incendie de l’explosion démographique déroule son ardente spirale autour des mornes. Un incendie dont chaque arbre est un brandon, c’est-à-dire un débris enflammé qui s’échappe de cet incendie. C’est comme la vie qui se déroule aussi, toujours pareille, avec la mort au bout…

Cet incendie fait rage au fil des jours. Il fait rage au mépris des braisiers de l’écologisme et de la législation y relative. Les normes juridiques de construction qui doivent aussi jouer le rôle de gicleurs d’incendie sont ignorées par certains, et inconnues chez d’autres. Et les nantis, et les gens à faible économie construisent dans les mornes qui constituent le pittoresque même du pays. Ce serait abusif de dire que tout système de législation, pour être puissant, nécessite un système d’éducation, car ces gens dont il est question sont pour la plupart éduqués.

Voilà, ici, une vue panoramique d’une île en proie à une crise d’asthme, avec son atmosphère d’étuve qu’on ne retrouve pas souvent même dans les pays équatoriaux.

web
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Haïti n’était qu’une île nichée dans un écrin de verdure. Jadis, lorsque le soleil était de plomb ou qu’il faisait très chaud, j’allais à la campagne prendre un bol d’oxygène… Je me délectais à regarder les enfants folâtrer comme des poissons dans les rivières qui s’agitent dans les pierres entre les arbustes fleuris, je m’amusais à faire la cour aux oiselets, aux hirondelles qui chantent, gazouillent et trissent, et qui rasent le sol avant l’orage. Où sont aujourd’hui ces hirondelles pour m’annoncer le printemps, comme les premiers jours de mars ?

uic.edu
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Aujourd’hui, la vie agreste et rustique est d’enfer. Cette île s’asphyxie, par manque d’oxygène. Les arbres sont trop coupés. Ils ont peur de pousser. Les gens en ont besoin pour faire du charbon de bois ou pour construire des maisons. Les montagnes se déboisent. Les gens ont besoin d’espace pour construire. Ils ont besoin aussi de la terre et de la pierre ; alors, ils concassent les mornes. Le déboisement se fait à outrance, ce qui expose le sol aux phénomènes d’érosion. Et, à cause de ce phénomène de déboisement occulté aussi par la mythomanie de l’Etat, le climat est d’une lourdeur irrespirable, il devient plus tropical que les tropiques.

Les crêtes dentelées qu’on peut encore deviner sous les flancs bien enveloppés des montagnes, les indentations, les échancrures… disparaissent. La faune, comme la flore, qui fait l’intérêt constant du paysage s’éteint peu à peu. L’avifaune, qu’on appelle aussi la faune ailée puisqu’elle désigne l’ensemble des oiseaux, tend à disparaître. Les oiseaux n’ont presque pas où se poser. Ils n’assistent guère au concert des étoiles…

Par ailleurs, ne serait-il pas vital ce que j’appelle « une politique de l’environnementalisme » ou de prôner l’environnementalisme haïtien, comme c’est le cas des Etats-Unis et de tant d’autres pays? La réponse doit être oui. Il est vital de faire appel à l’écologisme dans le cadre d’une politique de développement économique.

Mais, un jour, à défaut de mesures contre cet incendie, Haïti pourra ne plus signifier « Terre haute, terre montagneuse ». Cette terre pourra connaître des spasmes plus épouvantables qu’en ce 12 janvier 2010. Ainsi, promouvoir l’écologisme n’est-il pas antispasmodique ?

Eliphen Jean

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